Élargissement de la consigne: cette fois-ci, c'est la bonne! (texte collectif*)


Le Devoir, 1er mai 2015 - On croyait bien que c’était dans la poche à l’été 2012 lorsque le ministre de l’Environnement de l’époque, M. Pierre Arcand, annonçait l’intention de Québec d’augmenter le montant de la consigne, en plus d’élargir le système à d’autres contenants, dont les bouteilles d’eau.

Malheureusement, après quelques mois au pouvoir, le gouvernement Marois choisissait de reculer. Depuis, nous voilà plongés à nouveau dans un débat de chiffres sans issue, et surtout, dans un statu quo qui ne satisfait personne.

Ceux qui suivent ce dossier de près savent pourtant que tout a pratiquement été dit sur le sujet. Et que ce ne sont pas de nouveaux chiffres qui vont montrer la voie dans ce dossier. Ce qu’il faut pour avancer, c’est un peu de gros bon sens et beaucoup de courage politique. M. Arcand en a fait preuve à l’époque, et tout indique que l’actuel ministre de l’Environnement, M. David Heurtel, veut faire de même.

Or, non seulement le fruit est mûr sur le plan politique, mais il l’est aussi en ce qui a trait à l’opinion publique. Dans un récent sondage commandé à la firme Léger, il ressort que 66 % des répondants souhaitent l’élargissement de la consigne à d’autres types de contenants et que neuf Québécois sur dix (89 %) rapporteraient leurs contenants si les bouteilles de vin et les bouteilles d’eau étaient consignées.

En outre, de plus en plus d’intervenants socio-économiques québécois, dont les signataires de la présente lettre, soutiennent l’idée d’un recours accru à l’utilisation d’instruments économiques, comme la consigne, pour augmenter l’efficacité des efforts de protection de l’environnement. Même l’Ontario, notre nouvel allié sur le plan de la lutte contre les changements climatiques, est déjà bien engagé sur cette voie.

Rappelons que le système de consignation, qui a certes bien besoin d’un nouveau souffle après 30 années sans indexation ni modernisation, a malgré tout réussi à faire ses preuves :

  • Le taux de récupération est très élevé (76 % pour l’ensemble des contenants à remplissage unique et 98 % pour les contenants à remplissage multiple) ;

  • La consignepermet le réemploi de certains contenants, ce qui est toujours préférable au recyclage ;

  • Le système de consignation est autosuffisant à 100 %, il ne coûte rien aux contribuables, aux municipalités, ni même à l’État québécois ;

  • La consigneassure le maintien de plusieurs centaines d’emplois de qualité dans les secteurs de la production, de la distribution, du traitement, de la récupération et de la fabrication des contenants ;

  • Grâce au tri à la source effectué par le consommateur, la qualité de la matière récupérée est préservée, ce qui permet d’en valoriser une proportion inégalée et de revendre ces matières à un prix optimal sur le marché du recyclage ;

  • La consigne est un outil qui permet de soutenir financièrement des organismes communautaires et des personnes dans le besoin.

Mesure profitable

Aussi, nous sommes d’avis que l’élargissement de la consigne aux contenants similaires, aux bouteilles d’eau et à l’ensemble des contenants en verre rapporterait encore plus de bénéfices pour le Québec. En Ontario, le recyclage des bouteilles d’alcool par The Beer Store fait économiser 40 millions de dollars par année aux citoyens de cette province. En outre, à la suite de la mise en oeuvre du système de consignation ontarien (Ontario Deposit-Return Program), le système de collecte sélective de la Ville de Toronto a connu des économies nettes de 448 000 $ en 2007 et de 381 000 $ en 2008.

Rappelons qu’une pétition de plus de 15 000 signataires a été déposée récemment à l’Assemblée nationale pour réclamer la consignation des bouteilles de vin de la SAQ.

Pour tous ces motifs, nous unissons aujourd’hui nos voix afin d’encourager le gouvernement du Québec à procéder à la modernisation, à l’indexation et à l’élargissement de la consigne, et ce, dans l’optique qu’elle puisse être encore plus efficace et toujours complémentaire au système de collecte sélective.

Cela dit, nous sommes conscients que cette modernisation doit se faire dans le respect de tous les acteurs concernés par ce dossier. Nous sommes donc prêts à travailler avec le gouvernement pour diminuer les contraintes que ce mode de collecte occasionne pour les commerçants, entre autres, et pour mettre en oeuvre des mesures pour que la performance de la collecte sélective soit elle aussi augmentée.

* Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) ; Chantier de l’économie sociale ; Groupe de recherche appliquée en macroécologie (GRAME) ; Groupe Écosphère ; Greenpeace ; 2M Ressources ; Les Valoristes, Coop de solidarité ; Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) ; Ville d’Amqui ; Municipalité des Îles-de-la-Madeleine ; Confédération des syndicats nationaux (CSN) ; Le syndicat des Métallos Local 206G-206G1 ; ENvironnement JEUnesse (ENJEU) ; Fondation David Suzuki ; Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED) ; Groupe ÉCOcitoyen (GÉCO) ; Les AmiEs de la Terre de Québec ; Ambioerra ; EURÊKO ! ; Conseil central de Montréal métropolitain-CSN (CCMM-CSN)

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